Je reviens tout juste de trois semaines de vacances au Vietnam. Au retour, une question s’est imposée : ai-je manqué quelque chose d’important sur les marchés dans le dernier mois ?

Même à l’autre bout du monde, il est difficile de complètement décrocher. Les enjeux géopolitiques internationaux et leurs répercussions sur les marchés boursiers nous suivent partout — vacances comprises.

Pour ceux qui ont déjà visité nos bureaux, vous avez peut-être remarqué sur un mur une image de la région Gatineau–Ottawa, accompagnée de tableaux et de dates. Oui, c’est esthétique… mais c’est surtout un rappel : les marchés financiers sont influencés par l’histoire. Les grands événements — politiques, économiques ou militaires — ont souvent laissé une empreinte durable sur les rendements, l’inflation, et la confiance.

Pourquoi parler de Ray Dalio maintenant ?

Durant mon séjour, j’ai lu Principles for Dealing with the Changing World Order – Why Nations Succeed and Fail de Ray Dalio (2021). Ce livre est étonnamment actuel, parce qu’il explique une idée simple : le monde change par cycles, et ces cycles ont des impacts directs sur l’économie, la monnaie et les marchés.

Ray Dalio est un investisseur et auteur reconnu pour ses travaux sur la macroéconomie, les cycles de dette et les régimes de marché. Il a fondé Bridgewater Associates, l’un des gestionnaires macro les plus connus au monde.

« Les marchés traversent des périodes très différentes. Notre objectif n’est pas de prédire l’avenir, mais de construire un portefeuille capable de s’adapter à plusieurs scénarios économiques. » — Ray Dalio


La grande idée : l’histoire “rime” et les cycles reviennent

La thèse centrale de Dalio : l’histoire économique et géopolitique suit des cycles récurrents. Les nations montent, atteignent un sommet, puis déclinent progressivement — et ces transitions s’accompagnent souvent de dettes élevées, de tensions sociales et de changements monétaires.

Les 6 phases du “grand cycle” (version simple)

Dalio décrit une trajectoire typique :

  1. reconstruction après une crise
  2. croissance rapide (innovation, éducation, productivité)
  3. apogée (monnaie forte, influence mondiale)
  4. excès financiers (endettement, bulles, spéculation)
  5. déclin interne (inégalités, polarisation, perte de confiance)
  6. crise / transition (inflation, tensions externes, changement d’ordre)

Selon cette grille, les États-Unis seraient dans une phase de déclin relatif (et non forcément d’effondrement).

Les 8 piliers de puissance d’un pays

Un pays demeure dominant lorsqu’il excelle durablement dans : éducation, innovation, productivité, commerce, marchés financiers, puissance militaire, monnaie de réserve et cohésion sociale. Le déclin survient généralement quand plusieurs piliers se fragilisent en même temps.

Dette et monnaie : le point de bascule fréquent

Dalio souligne que les fins de cycle s’accompagnent souvent de :

  • surendettement (public/privé)
  • difficulté à rembourser sans conséquences
  • création monétaire accrue
  • inflation ou perte de valeur réelle

En bref : les empires s’érodent plus qu’ils ne “tombent” — et la dette joue souvent un rôle majeur.


Qu’est-ce que ça change pour les investisseurs ?

La question la plus importante n’est pas :

« Où ira le marché la semaine prochaine ? »

Mais plutôt :

« Mon portefeuille est-il construit pour survivre — et progresser — dans plusieurs scénarios ? »

1) Penser en scénarios, pas en prédictions

Les investisseurs se mettent souvent en danger lorsqu’ils :

  • extrapolent le passé récent
  • supposent qu’un seul environnement va durer
  • concentrent leur portefeuille sur un scénario unique

Dans un monde instable, l’objectif devient : réduire la dépendance à une seule issue.

2) La diversification “réelle” (actifs, pays, devises)

La diversification n’est pas seulement “plusieurs fonds”. Elle consiste à diversifier :

  • par classes d’actifs (actions, obligations, actifs réels, etc.)
  • par régions (Canada, États-Unis, international)
  • par devises
  • par sensibilité aux régimes (inflation vs récession, etc.)

3) Prudence envers les obligations nominales longues

Dans certains régimes (inflation ou hausse durable des taux), les obligations nominales longues peuvent être plus vulnérables. L’idée n’est pas de les bannir, mais de comprendre leur rôle et leur sensibilité.


Comment Bridgewater cherche à générer du rendement année après année

Bridgewater est connu pour une approche macro : comprendre les forces qui dominent l’économie (croissance, inflation, taux, dettes, politiques monétaires et budgétaires) et construire des positions cohérentes avec ces régimes.

Leur question n’est pas :

« Le marché va-t-il monter ou baisser ? »

Mais :

« Quel régime économique est le plus probable — et quels actifs y réagissent le mieux ? »

On peut simplifier en 4 grands régimes :

  • croissance + inflation faible → actions
  • croissance + inflation élevée → actifs réels (selon contexte)
  • récession + inflation faible → obligations de qualité (souvent)
  • récession + inflation élevée → protection inflation/alternatives (selon contexte)

Comment traduire ces principes dans un portefeuille (sans “parier”)

La conclusion pratique de Dalio est rassurante : oui, il est possible d’obtenir du rendement même quand l’ordre mondial change — mais cela demande :

  • humilité (éviter les certitudes)
  • diversification intelligente
  • discipline émotionnelle
  • et un portefeuille construit pour des environnements différents

Point important : la volatilité n’est pas un échec. Elle fait partie des marchés. Le vrai risque n’est pas que ça bouge : c’est d’être trop concentré sur un seul scénario.


Conclusion : rester aligné sur le plan, pas sur les manchettes

Les marchés continueront de bouger. Les nouvelles continueront d’être bruyantes. Mais tant que votre portefeuille demeure aligné avec vos objectifs, votre horizon et votre tolérance au risque, vous êtes sur une trajectoire cohérente.

Comprendre les cycles du passé aide à mieux naviguer un monde financièrement, politiquement et monétairement instable.

Ce texte est à visée éducative et ne constitue pas un conseil personnalisé. Chaque situation mérite une analyse adaptée.

📩 Besoin de valider votre positionnement ?

Si vous vous demandez si votre portefeuille est prêt pour différents scénarios économiques, nous pouvons le revoir ensemble.

1. Est-ce une bonne idée d’investir quand la géopolitique est instable ?

Oui, si le portefeuille est construit pour plusieurs scénarios et si l’horizon d’investissement est respecté.

2. Que veut dire “diversification réelle” ?

Diversifier par actifs, régions, devises et comportements en inflation/récession — pas seulement multiplier les fonds.

3. La volatilité est-elle un mauvais signe ?

Pas nécessairement. La volatilité est normale; l’important est la structure du portefeuille et le plan.

4. Comment se protéger contre l’inflation en investissement ?

Selon le profil, on peut intégrer des actifs plus sensibles à l’inflation (actifs réels, titres indexés, etc.) et réduire certaines expositions trop vulnérables.